Les philosophes nous parlent de l’amour

 

Qu’est-ce que l’amour ? Une question déjà abordée par la philosophie antique plus de quatre siècles avant notre ère.

Aristophane nous décrit dans Le Banquet un désir de complétude suite à un déchirement causé par Zeus, alors que nous étions des êtres “doubles”, de grosses boules se déplaçant à quatre pattes, composées d’une moitié homme et d’une moitié femme, ou bien de deux moitiés de femmes ou de deux moitiés d’hommes. Ils seront dotés, plus tard après cette séparation, d’organes reproducteurs ayant pour but de pouvoir unir à nouveau les deux parties en un seul être.

 

 

Platon nous parle également, tout comme Aristophane, de nostalgie ; mais qui ne tient pas ses explications dans la même origine. Le bonheur causé par l’amour, notre désir de l’amour, est un désir de retrouver ce monde céleste dans lequel nous étions avant notre naissance, ce monde des Idées pures, là où nous avons pu observer la Beauté vraie, c’est-à-dire sous sa forme la plus pure, sans passer par les représentations du monde sensible. L’amour est un désir de Vérité.

Dans Le Banquet également, Diotime fait à Socrate cette démonstration : Eros désire le Bon et le Beau. Or on ne désire que ce dont on manque : Eros n’est donc pas doté de beauté et de sagesse (sans pour autant qu’il ne soit laid ou plein de vices, simplement entre les deux), donc les recherche. Cette recherche du bonheur et de la beauté peut se faire à travers l’amour des corps, l’amour des richesses, mais aussi l’amour de la sagesse (philo sophia), l’amour de la connaissance. De la même façon, les humains sont en recherche de ce qu’ils n’ont pas. Et de quoi manquent-ils ? Les humains sont, contrairement aux dieux, mortels. Ce dont ils manquent, c’est d’immortalité ; c’est ainsi que pour atteindre le bonheur et le posséder, les hommes sont en quête d’éternité.

” Alors, l’objet de l’amour c’est, en somme, d’avoir à soi ce qui est bon, toujours. “

Comment arriver à cela ? A travers l’accouchement et la procréation.

Plus de deux millénaires plus tard, Schopenhauer nous écrira dans son Monde comme Volonté et comme Représentation que l’amour, le désir charnel et le plaisir ne sont que des “ruses de la nature” visant à assurer la perpétuation de l’espèce. Cette pulsion de vie est commandée par une puissance fondamentale qu’il nomme le “vouloir vivre”.

La science actuelle nous décrit même tous les mécanismes en jeu : “Pourquoi cette personne est-elle devenue à nos yeux l’être unique et parfait ? A cause de la dopamine. Pourquoi occupe-t-elle obsessionnellement toutes nos pensées ? A cause des fluctuations du taux de sérotonine. Pourquoi avons-nous tout le temps envie de faire l’amour ? Grâce à la libération d’ocytocine. Pourquoi ressentons-nous ensuite tant de plaisir à rester enlacés et partager une cigarette ? Parce que les synapses de nos deux cerveaux sont inondés d’endorphines” – Je t’aime à la philo, Olivia Gazalé

Mais comme le disait justement Schopenhauer, “Il est exceptionnel que la compatibilité et l’amour fassent bon ménage” : la biologie et la neurologie expliquent l’attirance entre deux êtres compatibles dans le but de la procréation afin de perpétuer l’espèce, mais elles ne peuvent réduire l’amour à juste cela.

Retournons à notre Banquet : Eryximaque ne s’arrête pas à la simple idée de la perpétuation de l’espèce. Il nous parle d’un Eros, d’un désir, qui s’étend en toutes choses. Quelque chose qui grandit, tout comme la cellule embryonnaire qui se démultiplie plutôt qu’elle ne se divise.

Nietzsche ira encore plus loin en identifiant la “volonté de puissance”, selon laquelle l’amour mène à la création. Selon un modèle très platonicien, il explique que l’amour est un désir d’art, un désir de musique, une ivresse artistique (mais non plus un désir de vérité). Une création qui s’enrichit à mesure qu’elle se dépense.

Socrate, lui, semble vouloir convaincre ses convives que le rapport charnel nous éloigne de la recherche de la sagesse, qui est maîtrise de ses pulsions. Pour cela il compare l’homme volage à un animal. Pourtant, la sexualité humaine n’a justement rien d’animal : ” L’érotisme relève justement des détours du désir, du jeu trouble des artifices, du vertige de la psychologie évanouie “. Le désir de conquérir peut être bien différent du désir d’assouvir des besoins primaires, et c’est en cela que la sexualité humaine est tout à fait dissociable de la sexualité animale. Même si le plaisir est une ruse de la nature, pour reprendre l’expression de Schopenhauer, il n’en est pas moins que le rapport qui a pour but le plaisir est loin d’être nécessairement associé à la procréation. On peut ironiquement dire que si Schopenhauer a eu raison, le moyen est devenu une fin !

Cependant, s’il en est qui ne cherchent rien d’autre que l’assouvissement de besoins pulsionnels, quitte à délaisser le beau convoité par Socrate, alors il s’éloignera de la sagesse en ceci qu’aimer un être beau mène au désir de sagesse.

Tantôt tentative de survie, tantôt expansion de soi, recherche du bon ou création dionysiaque, l’amour est sujet à tant de définitions, d’interprétations…

Et vous, vous en pensez quoi ? 🙂

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